Jour de départ, jour de
retour. Réveil à l’aube. Non, pas de
kahwa. Oui, je reviens très vite. J’embrasse petit frère qui dort encore (qui
rêve de son bac ?). Je lui chuchote: ne t’inquiète pas, le bac c’est
politique et il parait que cette année, avec le printemps arabe, l’automne
syrien et tout ce bordel de politique arabe, le bac, la bande à Mickey a oublié
de s’en occuper, alors, peut-être que cette année, l’épreuve d’Histoire sera
peut- être : imaginez le monde Arabe de demain.
Juste avant d’arriver à l’aéroport, un policier nous fait signe de nous arrêter pour fouiller le coffre de la voiture. On s’exécute, on redémarre.
Juste avant d’arriver à l’aéroport, un policier nous fait signe de nous arrêter pour fouiller le coffre de la voiture. On s’exécute, on redémarre.
A l’entrée de l’aéroport, un
policier nous demande de nous arrêter pour nous fouiller. On s’exécute, on
repart.
Je dépose ma valise et tend
mon passeport. On me fouille. Je passe dans la zone internationale en clamant
que je n’ai rien à déclarer à la douane (c’est vrai !).
Zone Internationale. Que
faire. Que faire. Que faire. Que faire. J’arpente la zone en long et large mais
les voyageurs me regardent, les policiers me scrutent, les membres du personnel
des trois compagnies d’avion me dévisagent. Les seuls à ne pas s’occuper de moi
sont des Chinois qui prennent des photos et des enfants occupés à désigner du
doigt les Chinois. J’arrête d’arpenter l’aéroport. Que faire. Que faire. Que
faire. Je commence à lire un roman acheté chez un vieux bouquiniste avenue
Didouche Mourad, mais mon voisin de siège, un vieux monsieur chaussé de
lunettes en écailles me demande de l’aider à trouver un mot pour finir son
mots-croisés. Définition, mot en horizontal: quelqu’un qui économise les mots.
Je propose : laconique. Il bougonne entre ses dents que ça ne va pas avec
le mot en vertical mais l’inscrit tout de même et gomme le mot en vertical. Il
me dit que ce n’est pas normal d’avoir mis des bancs arrondis dans cet aéroport,
qu’on ne peut même pas s’allonger, qu’il n’y a pas le wifi ni de jus d’orange
pressé à la cafétéria, qu’il s’apprête à se rendre à Paris pour voir sa fille
et ses petits-enfants, que sa fille s’appelle Saida, et que ça serait gentil de
ma part si je l’appelais de son portable parce que s’il arrive encore à faire
les mots-croisés grâce à ses grosses lunettes-loupes, et qu’il sait ce qu’est
le wifi, il n’a pas encore appris à utiliser le téléphone portable offert par
ses petits-enfants. Je m’exécute, j’appelle Saida, la rassure, oui son père est
bien dans la zone internationale, on va bientôt embarquer, une hôtesse
l’appellera lorsque nous serons à bord, il ne faut pas qu’elle s’inquiète etc.
Elle me remercie, me souhaite de me marier, d’avoir des dizaines d’enfants et
petits-enfants. Je réponds que si ma mère avait été là, elle l’aurait remerciée
avec plus de sincérité que moi.
Paris. Je sors de l’aéroport
et là encore je marche avec hésitation. Un pied est bien ferme alors que
l’autre ne sait pas comment se poser. Mais ici, personne ne me retient. Je me
rappelle alors de ce qu’on me disait petite : tiens-toi droite.



