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| Copyright Yasmine Tandjaoui |
Je fais la connaissance de
leur fils de six mois qui ressemble déjà à un petit bonhomme, de grands yeux en
amande, l’air éveillé et content, s’agitant vêtu de sa grenouillère blanche.
Visite bien trop rapide mais le lien écrivain-éditeur est décidément unique et
me permet à chaque fois de me rappeler que même si l’écriture est un acte
solitaire, des personnes partagent tout de même cet univers avec moi.
Ensuite, balade à Sidi Yahia
avec une Fantastique. Je crois que je déteste définitivement ce lieu qui me
rappelle toutes les grandes artères européennes. J’y croise plusieurs visages
connus (amis du lycée, de l’université, d’ailleurs). A Alger, il ne peut y
avoir d’anonymat. On laisse tomber Sidi Yahia pour Didouche après avoir essayé
vainement de mélanger du ketchup à de la mayonnaise (partout dans le monde on y
arrive, pourquoi notre ketchup et notre mayonnaise refusent-ils de s’unir ?).
En rentrant, je m’arrête chez
mon oncle pour voir ma cousine Elle m’explique
qu’elle n’est pas à l’école car « la maîtresse d’anglais est morte ».
Elle le dit avec détachement et je ne peux m’empêcher de penser à tout le
dispositif d’écoute mis en place partout dans le monde pour ce genre de
situation. Pourquoi les enfants d’ici devraient-ils être moins écoutés, moins
soutenus, moins accompagnés ? Pourquoi les enfants d’ici ont-ils l’air
plus détaché face à la question qui angoisse le monde entier : la
confrontation à la mort ?
Je lui demande si elle veut en
parler mais elle m’explique qu’elle doit s’en aller, elle a de « grands
projets », veut écrire un livre avec ses copines, apprendre
l’espagnol, se marier, avoir deux enfants, travailler dans une Ambassade et
s’acheter une écharpe violette.
Sur mon lit, un pyjama tout
neuf. Merci maman.

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