samedi 19 mai 2012

# 3 - Cinq jours à Alger (3)


Copyright Yasmine Tandjaoui
Je rends visite à mes éditeurs et me rappelle mes premières fois chez eux, avant la sortie de mes ballerines. D’ailleurs, pour l’occasion, j'en porte (beiges, pailletées). 

Je fais la connaissance de leur fils de six mois qui ressemble déjà à un petit bonhomme, de grands yeux en amande, l’air éveillé et content, s’agitant vêtu de sa grenouillère blanche. Visite bien trop rapide mais le lien écrivain-éditeur est décidément unique et me permet à chaque fois de me rappeler que même si l’écriture est un acte solitaire, des personnes partagent tout de même cet univers avec moi.

Ensuite, balade à Sidi Yahia avec une Fantastique. Je crois que je déteste définitivement ce lieu qui me rappelle toutes les grandes artères européennes. J’y croise plusieurs visages connus (amis du lycée, de l’université, d’ailleurs). A Alger, il ne peut y avoir d’anonymat. On laisse tomber Sidi Yahia pour Didouche après avoir essayé vainement de mélanger du ketchup à de la mayonnaise (partout dans le monde on y arrive, pourquoi notre ketchup et notre mayonnaise refusent-ils de s’unir ?).

En rentrant, je m’arrête chez mon oncle pour voir ma cousine  Elle m’explique qu’elle n’est pas à l’école car « la maîtresse d’anglais est morte ». Elle le dit avec détachement et je ne peux m’empêcher de penser à tout le dispositif d’écoute mis en place partout dans le monde pour ce genre de situation. Pourquoi les enfants d’ici devraient-ils être moins écoutés, moins soutenus, moins accompagnés ? Pourquoi les enfants d’ici ont-ils l’air plus détaché face à la question qui angoisse le monde entier : la confrontation à la mort ?
Je lui demande si elle veut en parler mais elle m’explique qu’elle doit s’en aller, elle a de « grands projets », veut écrire un livre avec ses copines, apprendre l’espagnol, se marier, avoir deux enfants, travailler dans une Ambassade et s’acheter une écharpe violette.

Sur mon lit, un pyjama tout neuf. Merci maman.

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