lundi 21 mai 2012

# 5 - Cinq jours à Alger (5)




Copyright Yasmine Tandjaoui
Cinquième jour :
Jour de départ, jour de retour. Réveil à l’aube. Non, pas de kahwa. Oui, je reviens très vite. J’embrasse petit frère qui dort encore (qui rêve de son bac ?). Je lui chuchote: ne t’inquiète pas, le bac c’est politique et il parait que cette année, avec le printemps arabe, l’automne syrien et tout ce bordel de politique arabe, le bac, la bande à Mickey a oublié de s’en occuper, alors, peut-être que cette année, l’épreuve d’Histoire sera peut- être : imaginez le monde Arabe de demain. 


Juste avant d’arriver à l’aéroport, un policier nous fait signe de nous arrêter pour fouiller le coffre de la voiture. On s’exécute, on redémarre.
A l’entrée de l’aéroport, un policier nous demande de nous arrêter pour nous fouiller. On s’exécute, on repart.
Je dépose ma valise et tend mon passeport. On me fouille. Je passe dans la zone internationale en clamant que je n’ai rien à déclarer à la douane (c’est vrai !).

Zone Internationale. Que faire. Que faire. Que faire. Que faire. J’arpente la zone en long et large mais les voyageurs me regardent, les policiers me scrutent, les membres du personnel des trois compagnies d’avion me dévisagent. Les seuls à ne pas s’occuper de moi sont des Chinois qui prennent des photos et des enfants occupés à désigner du doigt les Chinois. J’arrête d’arpenter l’aéroport. Que faire. Que faire. Que faire. Je commence à lire un roman acheté chez un vieux bouquiniste avenue Didouche Mourad, mais mon voisin de siège, un vieux monsieur chaussé de lunettes en écailles me demande de l’aider à trouver un mot pour finir son mots-croisés. Définition, mot en horizontal: quelqu’un qui économise les mots. Je propose : laconique. Il bougonne entre ses dents que ça ne va pas avec le mot en vertical mais l’inscrit tout de même et gomme le mot en vertical. Il me dit que ce n’est pas normal d’avoir mis des bancs arrondis dans cet aéroport, qu’on ne peut même pas s’allonger, qu’il n’y a pas le wifi ni de jus d’orange pressé à la cafétéria, qu’il s’apprête à se rendre à Paris pour voir sa fille et ses petits-enfants, que sa fille s’appelle Saida, et que ça serait gentil de ma part si je l’appelais de son portable parce que s’il arrive encore à faire les mots-croisés grâce à ses grosses lunettes-loupes, et qu’il sait ce qu’est le wifi, il n’a pas encore appris à utiliser le téléphone portable offert par ses petits-enfants. Je m’exécute, j’appelle Saida, la rassure, oui son père est bien dans la zone internationale, on va bientôt embarquer, une hôtesse l’appellera lorsque nous serons à bord, il ne faut pas qu’elle s’inquiète etc. Elle me remercie, me souhaite de me marier, d’avoir des dizaines d’enfants et petits-enfants. Je réponds que si ma mère avait été là, elle l’aurait remerciée avec plus de sincérité que moi. 

Paris. Je sors de l’aéroport et là encore je marche avec hésitation. Un pied est bien ferme alors que l’autre ne sait pas comment se poser. Mais ici, personne ne me retient. Je me rappelle alors de ce qu’on me disait petite : tiens-toi droite.


4 commentaires:

  1. Il y a comme un gout d'Occident lorsque du décris les différents paysages et ton entourage... Un point de vue externe frappant, bien que ce monde était/est le tien.

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  2. Salem à toi l’algérienne fantastique!
    Excellent!
    Je ne suis pas toujours d'accord avec quelques avis et jugements mais je les comprend.
    A partager sans modération, en commençant par le blog dzid.org.
    Je vous invite à rejoindre le projet www.dzid.org
    Bon courage
    Salem à toi l’algérienne fantastique!
    Malik

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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