jeudi 3 mai 2012

# 1 - Cinq jours à Alger (1)


Premier jour 
Samedi, 13h15. L’avion atterrit à l’aéroport Houari Boumediene. Mémo pour la prochaine fois : ne plus voyager le samedi pour éviter la foule. C’est un vieux monsieur assis à côté de moi qui l'a affirmé haut et fort. Avant même que l’avion n’ait atterri, il avait pu se rendre compte qu’il y aurait des embouteillages pour le contrôle des documents, des embouteillages pour les valises, des embouteillages pour sortir de l’aéroport… Moi, je n’ai rien dit. Ça fait tout de même un an que je ne suis pas revenue à Alger alors j’enregistre mentalement tout ce que je vois en retouchant un petit peu les photos.
N’empêche, quand je vois la foule pour le contrôle des papiers, je pense que mon petit vieux il avait peut-être raison. J’attends patiemment mon tour face à un policier  en train de fumer sous une immense affiche indiquant qu’il est interdit de fumer. « Normaaaal » me dit un jeune homme qui me voit l’observer. « Normaaaal », j'acquiesce.
Je dépasse les premiers guichets et cours récupérer ma valise avec un sentiment d’angoisse profonde. J’ai toujours trouvé ce système de valise ridicule. Et à chaque fois que je prends l’avion, je jure que la prochaine fois, j’achèterai une valise rose bonbon, que je l’entourerai d’un immense nœud rouge cerise, que je collerai des tas de stickers jaune fluo et que j’accrocherai un drapeau algérien au bout pour pouvoir la reconnaître…Mais j'oublie toujours de le faire.

Enfin, ma valise arrive. Je l’empoigne et lance un vague « rien à déclarer » aux douaniers. C’est vrai merde que je n’ai rien à déclarer ! Il y a quelques années, j'avais répondu que je voulais déclarer qu’il était inadmissible que mon avion ait eu six heures de retard, qu’on ait perdu ma valise, qu’il y ait autant de portraits du président, qu’il y ait  autant de flics et qu’il y ait autant de jeunes qui tiennent les murs à l’intérieur même de l’aéroport. Le douanier n’avait pas trouvé ça drôle et avait fouillé toute ma valise de fond en comble. Depuis, je me tais. Peu importe le pays, peu importe l’uniforme, je la ferme.

Une foule en délire m’accueille : des femmes poussent des youyous, des hommes agitant les bras, des enfants pleurent... C’est fou ce que ça fait du bien de rentrer chez soi. (En fait, les youyous étaient pour ceux qui revenaient du hadj, pour moi, il n’y avait que mon père qui dieu merci ne poussait pas de youyou et n’agitait pas les bras).
On sort de l'aéroport et là c’est magique. Le ciel, le soleil, l’air…tout est différent de la soucoupe qu’est Paris. Tout est différent et en même temps terriblement familier. J’ai pourtant du mal à trouver mon équilibre.  Le pied gauche est ferme, sait où avancer, n’a pas peur mais le pied droit a du mal à retrouver ses repères, à avancer comme il le faudrait.

Arrivée à la maison, ma mère me demande si j’ai bien apporté un pyjama chaud car il fait froid. Je lui réponds que vingt degrés me semblent supportables. Elle n’a pas l’air convaincu. 



2 commentaires:

  1. voila bientôt 1an que je ne suis pas retournée à Alger, Alger me manque, et comme à chaque retour un mélange d'excitation et d'angoisse m'envahie, mais toujours cette sensation de se retrouver vraiment chez soi :)
    Félicitation pour le blog !

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  2. j'ai l'impression de lire chacun de mes retour à la maison.. j'aime l'idée qu'on partage ces emotions

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