dimanche 6 mai 2012

# 2 - Cinq jours à Alger (2)

Copyright Yasmine Tandjaoui

Deuxième jour
Nous sommes quatre pour cette deuxième journée, les quatre Fantastiques. Nous sommes quatre à nous retrouver après une année entière de bavardages virtuels en étant convaincus d’être sur écoute et donc en codifiant nos conversations. 
C’est vrai que parfois ça donnait des discussions assez étranges-  même pour nous - quand un fantastique disait à l’autre : « hier, j’ai entendu Donald confier à Mickey qu’il en obtiendrait trois mais qu’il faudrait aller tu sais où pour pouvoir les valider, je t’en dis pas plus mais tu as bien compris ce que je voulais dire oh et puis je les emmerde : ma mère a dit à ma sœur qu’elle pourrait avoir trois flacons de vrai shampoing (pas de la contrefaçon) mais qu’il faudrait qu’elle aille chez Zinou le coiffeur pour les récupérer et si vous nous écoutez JE VOUS EMMERDE ».


Nous passons cette journée entre ciel et mer, avec une route bordée de terre rouge d’un côté et du sable à perte de vue de l’autre. Je ne dirai pas où nous avons été, dans quel restaurant surplombant une mer déserte nous avons atterri car à Alger, lorsqu’on trouve un lieu magique, on ne le partage pas avec les autres pour que personne ne vienne détruire la magie du lieu. Un lieu « in » à Alger est un lieu vide. Un lieu « in » peut très vite devenir un lieu « has been » parce que beaucoup de monde commence à le fréquenter. C’est tout le défi du propriétaire d’un lieu « in » de savoir le garder un peu vide afin qu’il le reste. Le challenge pour nous, est de dénicher les futurs lieux « in » et de savoir anticiper le moment où il faudra cesser de les fréquenter.  


Cette journée fut un patchwork d’émotions, de fous rires, d’histoires, d’anecdotes, de projets fous. On parle aussi et surtout d’Alger – la blanche, la grise, la bruyante, la magnifique, l’unique - avec les sempiternelles questions de l’Algérien : Faut-il rester ? Faut-il partir ? Faut-il vivre ? Faut-il cesser d’y croire ? 

Enfin, non, nous c’était un chwiya moins philosophique et un petit peu plus pragmatique ressemblant ainsi à un benchmark entre Paris et Alger avec swot, projection sur dix ans, évaluation des risques, longs débats houleux sur les candidats à la présidentielle française, moqueries sur certains candidats aux législatives algériennes…

1 commentaire:

  1. belle écriture. Elle donne envie de voyager, de connaître cet Alger que vous racontez, cet Alger de Camus aussi, et des autres inconnus. il est vrai que dans notre Europe les lieux "In" ne sont peut être pas assez sobres, pas assez simples, comme pour qu'ils soient apaisants. et s'ils le sont il leur manquera toujours le soleil, la chaleur, et la mer.

    César

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